Une mise au point parue dans un numéro spécial de la revue « L’Histoire »
compare la situation économique et écologique d’Haïti et de la République
Dominicaine. Ce n’est sûrement pas la première fois que des chercheurs étrangers
et nationaux se livrent à de telles études sur nos deux pays, ne serait-ce que
pour comprendre cette différence abyssale qui s’est creusée en quelques
quarante années. Tout se passe comme si, comme disait l’autre, l’île avait un
envers et un endroit. Nous dirons tout simplement que le rapport à l’espace
n’est pas le même et qu’à l’ouest l’environnement a subi une sauvage
indifférence, quand elle n’a pas été tout bonnement l’objet de pratiques
prédatrices encouragées par les faiblesses d’un Etat débile.
Mais faisons un peu plus
connaissance avec cette réflexion du chercheur Jared Diamond, professeur de
géographie à l’université de Californie, cité dans la revue par Olivier Postel
Viney : « Les Haïtiens n’ont pas d’industrie, guère de commerce. Le
chômage est endémique, la formation de bon niveau à peu près nulle. La
corruption règne en maître…la forêt a entièrement disparue, les sols érodés ».
Ce sombre tableau précède évidemment une évocation plus lumineuse de
l’environnement à l’Est ou il fait bon de vivre.
Le flot migratoire serait
proportionnel à la déroute spatiale que connaît la partie occidentale rendue
exsangue par une catastrophe écologique qui menace de s’accentuer. Mais suivons
le chercheur dans son texte : « Saint-Domingue a su, au contraire,
préserver son capital naturel. Protégée par des parcs nationaux, la forêt couvre
près du tiers du pays. Le pays a efficacement développé une agriculture
d’exportation ».
Selon cet historien, spécialiste de l’histoire comparative des sociétés
humaines, le facteur humain est donc responsable de ce contraste puisque lors
de la partition, Haïti était encore la plus riche. Les Dominicains auraient
accueilli à bras ouverts des immigrants industrieux, en leur donnant accès à la
terre et aux moyens de production, alors que nous autres Haïtiens traumatisés
par l’esclavage, nous avons toujours donné un « bwa long » aux
étrangers. Cette approche tout en étant audacieuse est tout de même une
demi-vérité, car Haïti, tout en n’ayant pas assumé dans ses premières constitutions
la question de la propriété aux étrangers n’a pas fermé systématiquement ses
écoutilles.
Le repli est venu surtout d’une
apparente difficulté à adopter des méthodes de gestion venues d’ailleurs, une
résistance à une certaine modernité maladroitement imposée. Une modernité
d’autant plus de parade qu’elle ne s’est jamais reposée sur un projet national
de société. En appert un environnement saccagé, un niveau d’éducation
insoutenablement faible et récemment encore des statistiques s’apparentant à un
pays en guerre.
A propos de guerre, la démonstration n’est plus à faire sur le
caractère dévastateur de nos pugilats politiques, essentiellement
déstructurants pour une formation sociale réduite à des pratiques de survie, et
incapable de produire à date un modèle à la hauteur des attentes d’un peuple rongé
jusqu’aux os par l’indignité.
Ce qu’on attend de nos décideurs ce sont quelques projets porteurs
autour de l’agriculture, de l’industrie,
de l’environnement qui feront la différence dramatiquement par rapport au passé
et qui, surtout libèreront les énergies ici et dans la diaspora qui ont besoin
de recommencer à croire dans ce pays.
Quoiqu’il en soit, ces études comparatives en dépit de certaines
limites sont autant de piqûres de rappel pour une société malade qui doit
profiter du momentum actuel pour se reprendre en main.
Roody Edme