CITÉ SOLEIL : A QUAND LA FIN DE L'EXCLUSION
Les quelques reportages de
reporters de l’AFP ou du journal le Monde mentionnent la satisfaction générale
de la population qui peut enfin vaquer librement à ses activités mais dont la
situation de désespoir demeure dangereusement inchangée.
Alors, si on n’agit pas vite sur
les conditions socio-économiques de ces populations, la paix retrouvée ne sera
que temporaire car c’est devenu un lieu commun de répéter que le désespoir fait
le lit du terrorisme et du crime organisé. Et la leçon est d’ailleurs bien
apprise chez nos voisins du Sud venus depuis maintenant trois ans nous aider à
circonscrire le feu d’un début de guerre civile non révolutionnaire.
Le Président brésilien Lula vient en effet d’annoncer un plan très
ambitieux pour les favellas de Rio qui représentent un défi permanent pour les
unités d’élites de l’armée et de la police brésilienne.Une sorte d’état
d’urgence sociale est décrété autour de ces quartiers défavorisés trop
longtemps exclus du projet social brésilien et dans ce contexte Rio de janeiro n’est que la vitrine d’une
réalité latino-américaine autrement plus complexe.
Chez nous, le Premier Ministre
Alexis avait annoncé un milliard de gourdes pour Cité Soleil et on attend avec
une certaine impatience, je l’admets, de voir des routes goudronnées ou pavées,
des ouvrages de santé ou d’éducation et surtout une population débrouillarde,
grouillante de dynamisme réinventant les chemins de l’espoir. Il faut dire à la
décharge de la Commission sur le désarmement qu’un inventaire des petites et
moyennes entreprises détruites par la guerre des gangs serait pour le moment en
cours à Cité Soleil. C’est une bonne chose, mais le temps presse et nous avons
trop souvent tendance à nous voiler la face quand nous ne sommes pas en prise
directe avec l’incendie.
Souvent nous nous sommes laissés aller à croire que tout allait changer
au lendemain d’un grand soir pour nous retrouver toujours avec la gueule de
bois des lendemains qui déchantent. Un pays
ne se construit pas à coups de projections utopiques ou de fantasmes révolutionnaires
mais sur la base d’un projet social commun piloté par des élites compétentes et
responsables-, avec dans le cockpit la présence vigilante de ceux qui ont reçu
mandat du peuple et les organisations de base non encore atteint par le virus
du clientélisme politique.
En vérité, la lutte contre la pauvreté ne doit pas se réduire à une
messe basse célébrée sous les lambris de nos batiments officiels, dans le
ronron habituel de nos cabinets feutrés. Elle doit être visible comme certaines
de nos rues qui ont pris depuis quelque temps un coup de propre ou qui ont
carrément glissées dans des habits neufs.
Ce gouvernement a eu le mérite
de contribuer à un climat social apaisé et à un certain assainissement des
finances publiques qui ouvre enfin la voie à des débats passionnés autour de la monnaie et de la production
nationale. Il lui reste cependant beaucoup à faire pour que les fruits tiennent
la promesse des fleurs, car pour peu qu’on ait l’esprit républicain on ne
saurait tolérer que Cité Soleil, faute de drainage, soit le déversoir des eaux
usées de la ville. Il faut de toute urgence intervenir dans ces quartiers jadis
ravagés par la violence et qui sortent à peine de leur torpeur, canaliser
l’aide humanitaire pour qu’elle soit autre chose que l’autre face de la misère.
Parceque la guerre civile n’est pas inscrite dans nos gènes sociales,
mais se nourrit du désespoir, parceque nous n’avons pas sû par le passé conjurer certains
sorts funestes : nous devons agir vigoureusement pour remonter le sens de
l’Histoire en viabilisant le « rêve d’habiter ».
Roody EDME
