'' OSER L'AVENIR ''
Qu’on l’appelle dialogue
national ou conférence nationale, les secteurs vitaux de la société devraient
s’engager dans les prochains mois dans un processus de débats autour de la
gouvernabilité et de la stabilité du pays. Des forums qui porteraient sur
les fondamentaux de l’État de droit et dont les règles fixées éviteraient tout
‘‘voye monte’’ et ou ‘‘tour de Babel’’. Un exercice nécessaire qui permettrait
une mise en perspective de notre avenir du peuple et d’arriver à des accords
intégrateurs et refondateurs d’une société haïtienne déliquescente. Il existe
une certaine expertise dans les différents comités stratégiques qui ont
réfléchi depuis trois ans aux différentes formes que pourraient prendre ce
projet. Il s’agira de faire atterrir les propositions et de les rendre
progressivement opérationnelles.
Ce besoin de dialogue est
palpable dans l’air, on le ressent dans nos interventions dans la presse, dans
notre fâcheuse tendance à transformer « nos conflits personnels en
conflits nationaux », dans la caravane organisée par les parlementaires.
Seule une amélioration de la qualité du lien social peut inverser ces tendances
lourdes que sont l’insécurité et la dégradation suicidaire de l’environnement.
Notre société à l’urbanité chaotique, inégalitaire et consumériste suscite
l’envie de s’approprier du bien d’autrui, surtout quand la richesse se réduit
chaque jour à une peau de chagrin.
Le gouvernement lui-même,
dans ce marathon pour le développement durable, a besoin d’un second souffle,
de support de critique de tous les secteurs pour réussir dans cette mission
aussi difficile qu’exaltante. Toute forme d’immobilisme, même apparente, peut
faire le jeu des impatients de tous bords et pire, décourager ceux qui avaient
repris espoir ! Et alors, se refermera sur nous le piège de l’instabilité,
cette pente glissante qui aspire inexorablement les sociétés en faillite. Osons
le dire à la place des autres.
Les problèmes sont
tellement immenses, les institutions si faibles que toute entreprise de redressement
national requiert un patient travail de fourmi. Mais en attendant, la
mobilisation générale doit être décrétée autour des problèmes de sécurité, de
réhabilitation de nos forêts et de la propreté de nos rues. La ville croule,
ces jours-ci, dans la crasse et un grand nettoyage de la cité nous donnerait un
peu de dignité dans la pauvreté ambiante. En attendant sur ce point crucial,
l’avènement de municipalités révolutionnaires.
La tâche est d’autant plus
titanesque qu’elle ne peut être uniquement le lot d’un État faible même
volontariste , elle concerne l’ensemble de la société, mais l’exécutif et ou le
législatif se doivent de donner le ton. Par exemple, par ces temps de ‘‘séismes
judiciaires’’ on aurait souhaiter, si elle n’existe pas déjà, une concertation
dynamique entre le ministre de la justice et le forum citoyen pour la réforme
de la justice.
Cette société a besoin de
nouvelles ‘‘utopies’’ mobilisatrices pour faire pièce à la déprime
sociale. Nous avons une population jeune et au chômage, que nous devons former
et occuper à des taches civiques, sinon, elle peut être la proie de toutes
sortes de sollicitation marginale et risque d’être perdue à jamais pour la
République.
Des initiatives
entreprises ça et là par l’État et des collectifs citoyens sont à amplifier et
à mettre en réseau : le festival du film à Jacmel, le concert de Wyclef Jean dans la cité de Roussan Camille, le
mouvement des artistes pour la paix, le projet de Jean-Claude Fignolé de
transformer les Abricots en une ‘‘Vitrine du développement durable’’, le projet
gouvernemental de récupération du centre-ville, notre ‘‘down town’’, sont
autant de projets porteurs qui méritent l’appui de tous. Quant à
l’administration publique paralysée entre routine et arriérés de salaires, le
gouvernement se doit de créer le cadre nécessaire pour permettre aux employés
honnêtes et compétents de donner la pleine mesure de leurs talents.
Il faut oser la
réconciliation pour bâtir la société de l’intérêt commun, un peu à l’instar de
nos fondateurs, à l’époque du... Camp Gérard.
Roody
Edmé