RUSSIA IS BACK
Sur un air de « come back kid », Vladimir Poutine relance la
politique étrangère de la Russie d’une manière particulièrement offensive. Il
entame un bras de fer avec Londres autour d’une affaire d’espionnage qui aurait
fait la trame d’un roman publié aux Presses de la cité.
Une affaire aux multiples rebondissements qui s’est corsée ces derniers
jours avec des expulsions de diplomates des deux pays.
Cette semaine une mission scientifique a planté un drapeau russe au fin
fond de l’Arctique comme pour confirmer les prétentions du Kremlin sur une
région aux ressources immenses et inexplorées. Et puis cette déclaration d’un
maréchal soviétique à propos de la possibilité d’établir une base militaire en
Syrie rappelle certains accords conclus avec l’Egypte de Nasser à l’époque de
la guerre froide et au plus fort des affrontements Israélo-arabes des années
précédent et suivant la guerre des six jours.
Une chose est sure c’est que la rhétorique a changé au Kremlin et
Poutine ne rate aucune occasion de tremper son verbe dans du fer et de le faire
retentir jusqu'à Londres ou Washington pour le moment les deux capitales ciblées.
Il se trouve que Moscou n’apprécie pas particulièrement que les Etats-Unis
élargissent l’OTAN jusque devant leurs portes et qu’ils décident d’installer un
bouclier anti-missile à la lisière de leur territoire plus particulièrement
dans l’historique Pologne, fruit dans le passé d’un curieux marchandage entre
Staline et Hitler.
Il faut dire aussi que depuis la fin de la guerre froide, la Russie
frappée de débilité économique avait perdue ses marques et laissait
l’initiative à sa puissante rivale qui ne se faisait pas prier pour pénétrer
dans le pré- carré russe en Ukraine et en Georgie, terre natale de deux
puissants dirigeants de l’ex-URSS.
Sous la houlette d’un Vladimir Poutine ambitieux et autoritaire et grâce
à des ressources pétrolières gigantesques, la Russie d’aujourd’hui jouit d’une
nouvelle santé économique et s’éloigne du statut de pays assisté par le Fonds
Monétaire international. Fort de ses immenses réserves gazières, et d’une
puissance nucléaire supérieure à l’Inde et à la Chine, la Russie sort le grand
jeu.
La récente conquête des profondeurs de l’arctique affiche quand même
une certaine avance technologique sur le Canada et même les Etats-Unis
d’Amérique ne serait-ce que dans la brise de ces gigantesques montagnes
polaires et rappelle le geste américain de planter il y a quelque quatre décades
un drapeau étoilé sur la lune.
Mais le temps n’est pas à la guerre froide mais à une moins classique
guérilla diplomatique, ponctuée de coups de semonce comme ce missile tombé en
Georgie qui ne provient tout de même d’un OVNI. Une stratégie qui consiste à
marquer des points et à reculer, une tactique digne d’un vieux classique léniniste
du « deux pas en avant et un pas en arrière », une sorte
de « rat mode soufle » qui a pour but d’améliorer l’image de
marque d’une Russie fatiguée d’avaler les couleuvres d’une Amérique hyper
dominatrice et d’accumuler les frustrations d’une puissance rétrogradée.
Le Kremlin ne veut plus jouer les juniors et en tant garder sa place en
division une des nations les plus puissantes et refuse de considérer son siège
au G-8 comme une « chaise de paralytique » qui serait en plus
éjectable.
Roody Edme
