La presse haïtienne
s’est faite l’écho la semaine dernière d’activités regroupant des comités de
quartier, des entrepreneurs et des institutions de l’Etat dans une vaste
opération d’assainissement et de « recovery » de la zone dite de
Batima. Un quartier marqué au rouge par la violence de ces deux dernières années.
Véritable balafre dans le visage déjà émacié de notre capitale, cette zone revient
progressivement à la vie et on envisage la re-capitalisation de certaines
entreprises victimes du climat général de violence et qui avaient dû déclarer
faillite ou réduire de manière drastique
leurs effectifs.
De tels gestes
concrets de reprise en main de secteurs entiers de la ville sont à encourager
dans la mesure qu’ils se déroulent dans un atmosphère de solidarité et de
convivialité entre des gens ayant en commun « le rêve d’habiter » ou
de commercer dans un quartier, jadis un des plus actifs du bas de la
ville. Ils marquent surtout le début d’un têt ansanb très souvent utilisé dans nos slogans mais
très peu appliqué dans la réalité en raison de grandes déchirures historiques
qui firent s’écrier à Rosalvo Bobo
en1914 « chacun de nous est un destructeur né de la patrie ».
L’expérience des
riverains de la rue Salomon et autres quartiers avoisinants prouve que
l’exemple de reconstruction peut venir « d’en bas » dans le sens des
intérêts bien compris de ceux qui prennent le risque d’investir et la grande
masse des travailleurs potentiels qui ne demandent qu’à produire des richesses,
pourvu que soit garanti un climat sûr et stable.
Si ce mouvement
fait tâche d’huile dans d’autre quartiers de la ville, il pourrait changer
l’aspect général de dépression que laisse la capitale à ses visiteurs étrangers
et annoncer le retour de la vie saine de quartier qui manque à certaines
générations.
Tout ceci nos
ramène a cette fameuse lutte contre la pauvreté et aux assises actuelles de l’hôtel
Montana. Ces jours-ci se déroulent les ateliers par secteurs et qui avancent
selon un agenda particulièrement rigoureux. Nous ne pouvons que souhaiter
qu’aucun secteur ne soit négligé dans ce processus participatif si vital à
l’élaboration d’une stratégie de lutte censée orientée un vaste plan
programmatique sur vingt cinq ans.
Le processus
participatif devra permettre la prise en compte des revendications des
populations vivant dans la pire des précarités. Sans oublier celles que
Mireille Anglade appelle « l’autre moitié du développement », à savoir
les femmes de nos campagnes et villes. Il n’est pas dit dans le cas d’Haïti
qu’une certaine efficacité macro-économique ne puisse être mise au service
d’une plus grande solidarité sociale. Et qu’une certaine « technocratie
organique » issue des entrailles de ce peuple ne puisse travailler à réengager
l’Etat sur le terrain de ses responsabilités sociales. Toujours est-il qu’il
faut chercher à réduire les méfiances qui plombent le travail en équipe de nos spécialistes
à quelque secteur qu’ils appartiennent. A favoriser surtout une appropriation
du document par tous les groupes organisés (libéral ou anti-libéral) en vue
d’un consensus minimum qui s’éloignerait de toute langue de bois mais qui
viserait surtout les intérêts supérieurs de ce peuple.
N’est-ce pas
l’occasion de remettre en selle cette idée d’observatoires de la société civile
et d’organisations paysannes pour critiquer, encadrer, et finalement entretenir
une vigilance civique autour de l’opérationnalisation finale de ce document qui
ne doit pas être un de plus dans notre longue histoire de bureaucratie inopérante.
Roody Edme