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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
  • Un blog d'analyse de l'actualité en Haiti et à l'étranger - des sujets en rapport avec l'Afrique seront aussi abordés. Certains textes ayant rapport avec les littératures du monde seront aussi traités.
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15 octobre 2007

ESPACE PUBLIC ET CITOYENNETÉ


Global Voices en Français

Une des questions essentielles pour l’avenir d’Haïti reste et demeure notre rapport à l’espace. Un espace dégradé qui traduit une citoyenneté en souffrance. Il n’y a qu’à voir la situation dramatique de nos rues, de nos marchés et places publiques pour se faire une idée de l’absence de politique publique en ce qui concerne l’aménagement du territoire et ceci depuis les grands travaux de la cité de l’Exposition entrepris sous l’administration du président Estimé.

Il y eut aussi les quelques initiatives de la Commission présidentielle pour la célébration des deux cents cinquante ans de la ville de Port-au-Prince vite noyées sous le flot impétueux de nos crises politiques.

Ce vendredi, les architectes Jeannine L. Millet, Sabine Malebranche et Paul Emile Simon, invités à se prononcer à la Fondation Culture et Création, sur la notion d’espace public et bien commun ont mis l’accent sur la nécessité de réconcilier l’ensemble des citoyens avec leur espace public, non seulement en termes d’aménagement, d’embellissement ou de fonctionnalité, mais aussi et surtout dans le sens d’espace de rencontres citoyennes, lieu de production de rapports sociaux renouvelés.

Mais, pour ce faire, il faut repenser notre environnement dans le cadre d’un nouvel espace des cités à construire pour améliorer la qualité de vie. Et l’État au sens large, y compris mairies et collectivités territoriales, a un rôle majeur à jouer dans la réparation de nos espaces de vies abandonnés depuis trop longtemps à l’anarchie.

Cette anarchie a transformé Carrefour, de banlieue encore champêtre, en une agglomération infernale où les rivières se sont progressivement asséchées et la route principale transformée en boa contristor tant la sensation d’étouffement est insoutenable à chaque fois qu’on l’emprunte. Une ancienne résidente de cette banlieue encore agréable l’a vue dépérir dans l’indifférence totale des pouvoirs publics. Et l’on pourrait multiplier les exemples des quartiers devenus méconnaissables pour cause de démission de l’État et d’abandon citoyen.

Le plus intéressant dans les débats de ce vendredi à la Fondation transformée, pour l’occasion, en espace de discussions citoyennes, c’est la présentation, par nos architectes, de quelques expériences d’aménagement ici et là dans le pays qui sont quelques exemples parlants, qui indiquent que tout ne sera pas perdu si on arrête de se lamenter dans la société civile et si, au niveau de l’État, on soigne l’autisme politique caractéristique des pouvoirs publics depuis maintenant si longtemps que les plus pessimistes ne croient plus au « miracle » haïtien.

Depuis une vingtaine d’années, pour toutes sortes de raisons économiques et politiques, les citoyens se sont terrés chez eux. La dégradation s’est accentuée avec le grand banditisme et les premières manifestations d’une violence urbaine aiguë ont transformé nos lieux publics en champs de bataille.

Des lieux désertés par l’autorité de l’État et les citoyens de différentes classes sociales ont été abandonnés à des bandes de « partageux » ou à de jeunes poussés, par la misère, à la maraude et au crime.

Les choses ont changé depuis quelque temps et une certaine vie nocturne a repris pour les plus braves, mais de manière anarchique. Les lieux publics sont squattérisés par ceux qui font bon commerce de plaisirs faciles et « populaires ». Lire à ce propos les différents reportages sur le terrain de notre chroniqueuse sociale Natacha Clergé. Quelques activités, encore passables, déroulées au Champ de Mars sont encore trop rares pour faire une différence.
Il existe heureusement des initiatives citoyennes comme le Comité d’appui aux municipalités qui regroupe des compétences et des bonnes volontés soucieuses de se colleter à ces dramatiques réalités. On ne peut qu’espérer leur renforcement et un accueil favorable au niveau de tous nos élus.

Un autre défi de la citoyenneté est de pouvoir travailler ensemble pour construire le bien commun.

Roody Edmé

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