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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
  • Un blog d'analyse de l'actualité en Haiti et à l'étranger - des sujets en rapport avec l'Afrique seront aussi abordés. Certains textes ayant rapport avec les littératures du monde seront aussi traités.
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22 novembre 2007

" RUMEURS DE PLUIE "


Global Voices en Français

       

            

 

            

Le pays a quelque mal à amorcer le virage vers les changements annoncés. Le paysage social est aussi gris que le temps et les pluies meurtrières qui s’abattent sur nous de manière inopinée, laissant peu de répit au déploiement des secours.
Mais ce n’est pas seulement la nature qui fait le mauvais, il y a les résurgences de pratiques administratives séculaires qui menacent de plomber le climat social et d’empoissonner la gouvernance locale. Sabine Manigat, dans ses éditoriaux de la semaine, a mis le doigt dans nos nombreuses « pustules » qui sont autant de boursouflures qui, telle une poussée d’uticaire, ravage le corps social.

Mais, heureusement, la justice se manifeste et le Parlement est d’attaque. La commission anti-corruption de la Chambre des députés fait preuve d’un activisme rafraîchissant. Le commissaire du gouvernement fait montre d’un volontarisme propre à secouer la torpeur d’une justice à la réputation de grosse baleine. Même que, par moments, on craint les dérapages, les risques d’abus qui guettent toute procédure judiciaire précipitée. Gravité et sérénité sont les maîtres mots qui doivent guider nos magistrats, pour que la justice soit de plus en plus « juste ». Et si nous voulons que la lutte contre la corruption s’incruste dans le marbre du Palais de justice et ne soit pas feu de paille, elle doit franchir le seuil du conjoncturel pour s’inscrire dans la durée et en profondeur dans l’appareil judiciaire.

La nation a déjà demandé mille fois des comptes qui n’ont duré que l’espace d’un cillement, d’un procès de la Consolidation ou des Timbres pour nous retrouver à nouveau au sommet du hit-parade des pays corrompus. Il faut définitivement dépasser le show médiatique ou les sirènes de la politique spectacle pour une appproche plus systémique, moins émotionnelle, capable d’inverser une lourde tendance de deux siècles. Sinon, on revient à la bonne vieille formule : « Potoprens se tè glisé » et on n’aura qu’à laisser passer le temps pour que le corps social rejette cette « greffe » que constitue la lutte contre la corruption qui pourrait durer alors le temps d’un mandat présidentiel.

Mais notre classe politique a quand même mûri ; les députés, très exigeants sur le dossier du CNE, n’ont pas opposé une fin de non recevoir à l’accord de prêt. Ils ont seulement exigé plus de contrôle pour que cela ne se renouvelle plus. Et, dans une contradiction toute démocratique, ils ont fini par voter, refusant de confondre les exigences éthiques avec de l’irresponsabilité politique.

Dans un autre registre, les partis politiques et la société civile, après avoir fermement contesté les prétentions de l’Exécutif concernant le CEP, ont accepté de dialoguer et de désigner de nouveaux membres après d’âpres négociations, sans la présence d’un Pezzulo ou d’un Enaudi... Toute chose qui, il y a peine quelques années, nous aurait plongés dans ces crises carabinées dont nous avons le secret.
Aujourd’hui nous exprimons franchement nos désaccords, sans complaisance ni compromission, dans le respect de l’adversaire et une certaine retenue pour ne pas mettre le feu à la maison natale. Laquelle se prépare justement à recevoir des visiteurs de marque du monde entier.

C’est un effort qu’il faut reconnaître à tous les secteurs et qui pourrait être les prémices de ce dialogue national à amplifier. Que personne ne mésinterprète nos propos, il ne s’agit nullement de prôner un consensus mou. Il nous semble que la maturité démocratique d’une socièté se mesure dans le dépassement serein des conflits qui font grandir. Et alors seulement, on pourra parler du beau temps après la pluie !

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