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Le
pays a quelque mal à amorcer le virage vers les changements annoncés.
Le paysage social est aussi gris que le temps et les pluies meurtrières
qui s’abattent sur nous de manière inopinée, laissant peu de répit au
déploiement des secours. Mais ce n’est pas seulement la nature qui
fait le mauvais, il y a les résurgences de pratiques administratives
séculaires qui menacent de plomber le climat social et d’empoissonner
la gouvernance locale. Sabine Manigat, dans ses éditoriaux de la
semaine, a mis le doigt dans nos nombreuses « pustules » qui sont
autant de boursouflures qui, telle une poussée d’uticaire, ravage le
corps social.
Mais, heureusement, la justice se manifeste et le
Parlement est d’attaque. La commission anti-corruption de la Chambre
des députés fait preuve d’un activisme rafraîchissant. Le commissaire
du gouvernement fait montre d’un volontarisme propre à secouer la
torpeur d’une justice à la réputation de grosse baleine. Même que, par
moments, on craint les dérapages, les risques d’abus qui guettent toute
procédure judiciaire précipitée. Gravité et sérénité sont les maîtres
mots qui doivent guider nos magistrats, pour que la justice soit de
plus en plus « juste ». Et si nous voulons que la lutte contre la
corruption s’incruste dans le marbre du Palais de justice et ne soit
pas feu de paille, elle doit franchir le seuil du conjoncturel pour
s’inscrire dans la durée et en profondeur dans l’appareil judiciaire.
La
nation a déjà demandé mille fois des comptes qui n’ont duré que
l’espace d’un cillement, d’un procès de la Consolidation ou des Timbres
pour nous retrouver à nouveau au sommet du hit-parade des pays
corrompus. Il faut définitivement dépasser le show médiatique ou les
sirènes de la politique spectacle pour une appproche plus systémique,
moins émotionnelle, capable d’inverser une lourde tendance de deux
siècles. Sinon, on revient à la bonne vieille formule : « Potoprens se
tè glisé » et on n’aura qu’à laisser passer le temps pour que le corps
social rejette cette « greffe » que constitue la lutte contre la
corruption qui pourrait durer alors le temps d’un mandat présidentiel.
Mais
notre classe politique a quand même mûri ; les députés, très exigeants
sur le dossier du CNE, n’ont pas opposé une fin de non recevoir à
l’accord de prêt. Ils ont seulement exigé plus de contrôle pour que
cela ne se renouvelle plus. Et, dans une contradiction toute
démocratique, ils ont fini par voter, refusant de confondre les
exigences éthiques avec de l’irresponsabilité politique.
Dans un
autre registre, les partis politiques et la société civile, après avoir
fermement contesté les prétentions de l’Exécutif concernant le CEP, ont
accepté de dialoguer et de désigner de nouveaux membres après d’âpres
négociations, sans la présence d’un Pezzulo ou d’un Enaudi... Toute
chose qui, il y a peine quelques années, nous aurait plongés dans ces
crises carabinées dont nous avons le secret. Aujourd’hui nous
exprimons franchement nos désaccords, sans complaisance ni
compromission, dans le respect de l’adversaire et une certaine retenue
pour ne pas mettre le feu à la maison natale. Laquelle se prépare
justement à recevoir des visiteurs de marque du monde entier.
C’est
un effort qu’il faut reconnaître à tous les secteurs et qui pourrait
être les prémices de ce dialogue national à amplifier. Que personne ne
mésinterprète nos propos, il ne s’agit nullement de prôner un consensus
mou. Il nous semble que la maturité démocratique d’une socièté se
mesure dans le dépassement serein des conflits qui font grandir. Et
alors seulement, on pourra parler du beau temps après la pluie ! |