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Les
premiers coups de semonces liés au réchauffement climatique viennent de
heurter de front l’espace haïtien. La montée des eaux, annoncée par les
experts, semble ne pas du tout relever de scénarios catastrophiques
concoctés par des « alarmistes » en mal de reconnaissance, mais se
mesure désormais à l’ampleur grandissante de nos lacs et étangs qui
gagnent en kilomètres, au grand dam des populations des villages
environnants.
Cette situation, qui n’est pas un phénomène limité à
l’île Quisqueya, est un facteur aggravant pour Haïti, structurellement
trop faible pour faire face à une telle menace. C’est pour cela que la
stratégie pour affronter un tel danger doit être régionale, voire
mondiale. Mais d’abord, comme l’affirmait le ministre de
l’Environnement sur Radio Métropole en début de semaine, nous pourrions
faire jouer au plus vite des solidarités avec nos voisins dominicains
et cubains, ces derniers possédant des universités se penchant déjà
largement sur ces questions stratégiques de dégradation physique de
l’environnement. Haïti est mal logée. Avec 1,5% de couverture végétale
et un sol lavé comme une grève, le pays ne peut offrir aucune
résistance à de tels phénomènes ravageurs sous toutes les latitudes.
Il
n’y a donc pas de solution miracle, mais cela ne signifie pas qu’il
faut se croiser les bras et attendre le déluge. Il faut, enfin,
concernant l’environnement, décréter cet État d’urgence réclamé depuis
si longtemps par les organisations de protection de la nature. Cela
passe par un renforcement progressif du contrôle de l’État sur un
territoire non maîtrisé. Tout le monde sait que nombre de terres
appartenant à l’État sont sauvagement bradées par des particuliers,
sans que l’autorité publique puisse intervenir.
Et puis, la précarité de nos paysans entraîne une surexploitation accélérée du peu de couverture végétale qui nous reste.
Le
droit foncier, s’il n’est pas inexistant, n’est tout simplement pas
appliqué. Les experts croient que, dans un pays où la productivité à
l’hectare est faible, la fertilité des sols est renouvelée par la
jachère et le brûlis; ce qui entraîne un besoin grandissant de surfaces
cultivables pour subsister. L’épuisement des terres et le déboisement
accéléré, sans mentionner les lourdes faiblesses de l’État quand il ne
s’agit pas tout simplement d’indifférence, achèvent le désastreux
tableau écologique qui accable l’ancienne Perle des Antilles.
Puisque
le problème est complexe et dure tellement longtemps, on pourrait
croire qu’il est trop tard ! Il faut agir par un ensemble de politiques
qui impliqueraient à la fois le développement local et la conservation
de nos maigres ressources forestières, si l’on en croit Philippe
Delacote, un économiste de l’université de Nancy, qui s’est penché sur
le cercle vicieux qui lie dégradation de l’environnement et pauvreté.
Pour ce chercheur, il faut commencer par « la valorisation des produits
issus de l’agriculture locale à une politique d’industrialisation
progressive qui réduirait le sous-emploi rural… Sont également
nécessaires des politiques de redistribution foncière et d’encadrement
de fronts pionniers…tout comme une redéfinition des politiques de
soutien au développement pour mieux répondre aux besoins des plus
pauvres ».
Toute chose que des experts haïtiens, ici et ailleurs,
évoquent souvent dans des savantes études publiées à longueur de
colonnes de la presse quotidienne ou hebdomadaire. Il reste à faire le
lien entre des actions urgentes à entreprendre par l’État et les outils
théoriques de nos chercheurs, à quelque horizon politique qu’ils
appartiennent, en vue de cette coumbite que ne cesse de réclamer une
militante de longue date de la société civile.
D’ici là, il faut
oser le saut qualitatif dans l’âge du politique et arrêter les parties
de poker menteur. Car la terre glisse sous nos pieds.
Roody Edmé
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