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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
  • Un blog d'analyse de l'actualité en Haiti et à l'étranger - des sujets en rapport avec l'Afrique seront aussi abordés. Certains textes ayant rapport avec les littératures du monde seront aussi traités.
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24 janvier 2008

S.O.S


Global Voices en Français

       

            

 

            

Les premiers coups de semonces liés au réchauffement climatique viennent de heurter de front l’espace haïtien. La montée des eaux, annoncée par les experts, semble ne pas du tout relever de scénarios catastrophiques concoctés par des « alarmistes » en mal de reconnaissance, mais se mesure désormais à l’ampleur grandissante de nos lacs et étangs qui gagnent en kilomètres, au grand dam des populations des villages environnants.

Cette situation, qui n’est pas un phénomène limité à l’île Quisqueya, est un facteur aggravant pour Haïti, structurellement trop faible pour faire face à une telle menace. C’est pour cela que la stratégie pour affronter un tel danger doit être régionale, voire mondiale. Mais d’abord, comme l’affirmait le ministre de l’Environnement sur Radio Métropole en début de semaine, nous pourrions faire jouer au plus vite des solidarités avec nos voisins dominicains et cubains, ces derniers possédant des universités se penchant déjà largement sur ces questions stratégiques de dégradation physique de l’environnement. Haïti est mal logée. Avec 1,5% de couverture végétale et un sol lavé comme une grève, le pays ne peut offrir aucune résistance à de tels phénomènes ravageurs sous toutes les latitudes.

Il n’y a donc pas de solution miracle, mais cela ne signifie pas qu’il faut se croiser les bras et attendre le déluge. Il faut, enfin, concernant l’environnement, décréter cet État d’urgence réclamé depuis si longtemps par les organisations de protection de la nature. Cela passe par un renforcement progressif du contrôle de l’État sur un territoire non maîtrisé. Tout le monde sait que nombre de terres appartenant à l’État sont sauvagement bradées par des particuliers, sans que l’autorité publique puisse intervenir.

Et puis, la précarité de nos paysans entraîne une surexploitation accélérée du peu de couverture végétale qui nous reste.

Le droit foncier, s’il n’est pas inexistant, n’est tout simplement pas appliqué. Les experts croient que, dans un pays où la productivité à l’hectare est faible, la fertilité des sols est renouvelée par la jachère et le brûlis; ce qui entraîne un besoin grandissant de surfaces cultivables pour subsister. L’épuisement des terres et le déboisement accéléré, sans mentionner les lourdes faiblesses de l’État quand il ne s’agit pas tout simplement d’indifférence, achèvent le désastreux tableau écologique qui accable l’ancienne Perle des Antilles.

Puisque le problème est complexe et dure tellement longtemps, on pourrait croire qu’il est trop tard ! Il faut agir par un ensemble de politiques qui impliqueraient à la fois le développement local et la conservation de nos maigres ressources forestières, si l’on en croit Philippe Delacote, un économiste de l’université de Nancy, qui s’est penché sur le cercle vicieux qui lie dégradation de l’environnement et pauvreté. Pour ce chercheur, il faut commencer par « la valorisation des produits issus de l’agriculture locale à une politique d’industrialisation progressive qui réduirait le sous-emploi rural… Sont également nécessaires des politiques de redistribution foncière et d’encadrement de fronts pionniers…tout comme une redéfinition des politiques de soutien au développement pour mieux répondre aux besoins des plus pauvres ».

Toute chose que des experts haïtiens, ici et ailleurs, évoquent souvent dans des savantes études publiées à longueur de colonnes de la presse quotidienne ou hebdomadaire. Il reste à faire le lien entre des actions urgentes à entreprendre par l’État et les outils théoriques de nos chercheurs, à quelque horizon politique qu’ils appartiennent, en vue de cette coumbite que ne cesse de réclamer une militante de longue date de la société civile.

D’ici là, il faut oser le saut qualitatif dans l’âge du politique et arrêter les parties de poker menteur. Car la terre glisse sous nos pieds.

Roody Edmé


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