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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
  • Un blog d'analyse de l'actualité en Haiti et à l'étranger - des sujets en rapport avec l'Afrique seront aussi abordés. Certains textes ayant rapport avec les littératures du monde seront aussi traités.
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29 janvier 2008

" VOYEZ COMME ON DANSE "


Global Voices en Français

Le carnaval de Jacmel a été une fois de plus un succès du point de vue de la participation et de l’effort des édiles pour garder une certaine originalité au carnaval national. L’avenue Barranquilla, de plus en plus étroite pour un tel événement, s’est faite « extensible » pour accueillir des milliers de personnes venues de tout le pays.

Masques et visages ont déambulé de manière ininterrompue dans une folle nuit caribéenne retransmise par la radio et la télévision. Il y a une vitalité et un désir d’avenir exprimés par cette foule en liesse qui profite toujours de ce rassemblement pour crier collectivement ses problèmes quotidiens, mais aussi et surtout pour danser serré jusqu’à « l’écrasement » des vertèbres, comme pour se sentir mutuellement exister et solidaires dans la cohue.

Par-delà les slogans faciles qui font peu cas de considérations sophistiquées sur la notion de souveraineté au XXIe siècle et les refrains destinés à faire résonner le béton même s’il faut chercher à caresser le public dans le sens du poil, le carnaval est et demeure un espace public qui dresse, à travers la musique, un état des lieux de la nation haïtienne.

C’est le moment où le peuple prend la parole pour, dans un désordre libérateur, brocarder la politique et les politiciens, dire son mal de vivre l’insécurité ou la cherté de la vie.
Mais il peut être aussi un lieu de grande violence où les pulsions de mort trouvent un exutoire et les stéréotypes sexuels, une dangereuse amplification. Aussi, est-il de la responsabilité de chacun d’aider à canaliser une telle énergie pour le meilleur.

La forme actuellement hybride du carnaval doit progressivement évoluer vers un produit qui met en scène la puissance culturelle et la joie communicative d’un peuple qui n’a pas perdu le sens de la fête, dans un monde où la quête «d’essence » à remplacer celle du sens. Une partie de l’humanité blasée se laisse aller au culte de la mort où la destruction de l’autre devient un passeport pour le « paradis », tandis qu’une autre proclame l’évangile d’un modèle unique et rejette dans la barbarie tous ceux qui affirment que la vie comme l’économie est plurielle.

À l’heure où les pouvoirs publics parlent de la mise en place d’un Institut permanent du carnaval, nos différents chroniqueurs ont plaidé pour la planification et l’organisation d’un tel événement de manière à le transformer en une vitrine de notre culture populaire.
 
Haïti a grand besoin de publicité positive pour contrer cette image qui fait souffrir nos compatriotes vivant à l’étranger et surtout pour attirer les investissements étrangers déjà si difficiles dans cette période où les places boursières s’affolent en raison de la poussée de température de l’économie américaine.

Jacmel a dit son mot, il reste à Port-au-Prince de présenter un spectacle digne de ce nom. C’est un examen redoutable pour la mairie de la capitale qui devra montrer sa capacité à persévérer dans l’effort commencé depuis trois ans par le ministère de la Culture. Cette année la diffusion en mondovision par satellite sera officialisée, et Port-au-Prince devra revêtir des habits neufs pour se présenter au monde avec un certain sens de la dignité.

En attendant, il va s’agir d’un moment de répit à mettre à profit par les pouvoirs publics pour travailler sur quelques mesures qui apporteront l’espoir que les choses bougent. Pourquoi pas des comités permanents Parlement-Exécutif pour, entre autres, accélérer le processus de décaissement des fonds publics nécessaires à la relance de l’économie ? On pourrait annoncer un « stimulis package » avec vote de lois incitatives pour encourager le climat des affaires. Tout le monde ne sera pas d’accord, mais on recommencera à croire dans les vertus du changement. L’État a besoin de projeter une image plus dynamique que celle d’un cachalot à la dérive.
Et sur les « cendres » du mercredi suivant le mardi-gras, on pourra bâtir du neuf et oublier la gueule de bois.

 

 Roody Edmé

   


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