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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)
  • Un blog d'analyse de l'actualité en Haiti et à l'étranger - des sujets en rapport avec l'Afrique seront aussi abordés. Certains textes ayant rapport avec les littératures du monde seront aussi traités.
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3 avril 2008

LE MOT DE LA "FAIM"


Global Voices en Français

Un mot court dans la ville pour décrire les dégâts de l’inflation sur le panier de la ménagère et,  dans un pays où la majorité des ménagères n’ont pas du tout de panier, l’onde de choc de la crise inflationniste prend des proportions inquiétantes. Allez savoir pourquoi, la malice populaire désigne sous l’appellation de chlorox, ce phénomène de « grangou » lié au fait que les produits de première nécessité soient hors de prix.

Il arrive que des populations d’ici ou d’ailleurs créent de nouveaux concepts  pour exprimer une certaine réalité offrant ainsi aux sociolinguistes des champs d’exploration particulièrement innovants.

Selon une enquête réalisée par Serge Daniel journaliste en Afrique pour Radio France Internationale et l’Agence  France Presse qui a suivi la saga des réfugiés sur les routes clandestines conduisant à l’Europe, une expression sénégalaise, résume ce qui traverse la tête des candidats au départ : Barça ou Barsac, « Barcelone (l’Europe ou la mort) ». Robin Assous qui présente le livre de Serge Daniel paru aux éditions Hachette, parle  d’un texte qui nous invite à comprendre et entendre, ces femmes et ces hommes qui risquent tout pour partir à destination des îles Canaries ou Lampedusa.

Pourquoi les Haïtiens utilisent-ils un mot renvoyant à un produit antiseptique pour parler de la vie chère, parce que « la faim blanchit  les hommes comme le chlorox le fait avec le linge » me répond non sans assurance un jeune homme de mon quartier.

Dans un intéressant article intitulé « la grammaire ça sert d’abord à faire la guerre » Yann Mens de la revue Alternative Internationale analyse une pancarte observée lors d’une manifestation au Burkina Faso portant l’inscription suivante adressée aux autorités : « On ne vous a pas votés pour augmenter les prix », et de commenter que cette phrase si elle écorche un peu la syntaxe chère à l’Académie française, elle a le mérite d’être clair.

La vérité c’est qu’il fait un peu partout sur notre planète « un temps de grande colère » et la crise se répand comme une traînée de poudre sur tous les continents. Et il serait mal venu pour chacun de tirer les draps de son coté en usant d’arguments politiciens d’autant plus faciles qu’ils n’ont aucune base scientifique.

C’est le propre des politiciens de calculer cyniquement la chute de leur adversaire en exploitant les affres d’une conjoncture   spéciale. A la guerre comme à la guerre, même si ce mot résonne aujourd’hui lugubrement, surtout quand certains s’avisent de faire parler flamme et poudre en lieu et place de l’arme de la dialectique. Sur le dossier actuel de la vie chère, il faudrait éviter toute fuite en avant et savoir que la crise est globale. Au Mexique, les consommateurs outrés ont organisé une «  marche du tortillas » pour protester contre la vie chère et la lame de fond de ce tsunami inflationniste vient de balayer les côtes ouest africaines. Les spécialistes nous répètent sur tous les tons qu’il faudra nous habituer à vivre avec un pétrole cher et le taux d’inflation dans la zone euro avoisine déjà les 4%.

La crise américaine infecte inexorablement l’économie mondiale et un « organisme » aussi fragile que l’économie haïtienne ne peut supporter la charge létale d’une récession américaine. C’est vrai qu’à la banque centrale, on semble avoir le front grave et serein et les paramètres financiers sont scrutés à la loupe.

Le pétrole cher provoque un besoin urgent de dollars pour la commande, parallèlement les compagnies de téléphonie mobile ont atteint le pic de leurs investissements et commence à rembourser leurs créanciers de l’étranger, le matelas financier de réserves accumulé par l’Etat se creuse à vue d’œil, compte tenu des dépenses urgentes engendrées par une crise qui prend des proportions de catastrophe humanitaire.

Mais comme toute crise liée aux importations peut être une opportunité, certaines « fines bouches » commencent à trouver d’un goût meilleur le riz local jusqu’ici considéré de « moindre qualité » en raison d’un taux de brisure supérieure au riz importé traité industriellement. Heureusement que les différents chroniqueurs économiques de la place ont mis en place une sorte de veille scientifique qui explique plus qu’il ne panique. Car on oublie trop souvent qu’économie et psychologie sont intimement liés et que les vraies (fausses peurs) sont mauvaises conseillères.

En attendant, on attend les premières annonces de la commission mixte parlement-exécutif sur la vie chère, la paralysie tout comme l’agitation peuvent nous conduire droit dans le mur. Une agitation, fruit d’une stérile impuissance qui pousse nos parlementaires à jouer à la roulette russe et à soulever les rideaux d’alcôve pour térroriser les uns et les autres sur leur éventuel choix sexuel.

On ne peut laisser trop de temps au temps quand la barque nationale tangue dangereusement sous l’effet de courants indomptables et partisans, indifférents, en vérité, à la « mal bouffe » généralisée.

 

Roody Edme

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