2009 : Le Nouveau Monde ?
L’année 2008 a vu le commencement de la fin d’une certaine conception
de la mondialisation. Celle marquée au coin de «l’impérialisme
démocratique » reposant sur la certitude que Washington sait ce qui est
bien pour le reste du monde.
La tendance néoconservatrice qui a pris
le pouvoir à l’aube du nouveau siècle s’est vu légitimer par un « new
day of infamy », le 11 septembre 2001, le « jour où la terre s’arrêta »
suite à l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center.
Nul
doute que certains hommes forts de l’administration américaine vécurent
cette tragédie des tours jumelles coupées en deux comme une horrible
castration. Les conservateurs au pouvoir se devaient donc de répondre «
aux affres d’un défi » qui allait provoquer une montée d’adrénaline
dans le gotha militaro-politique restreint autour du secrétaire
américain à la défense, Donald Rumsfield.
La voie était désormais
ouverte à toutes les aventures et aux projections de puissance d’où
était bannie toute nuance. Ce fut la déroute des réalistes et des
intellectuels libéraux «dévirilisés » par les pragmatiques qui crurent
dur comme fer que la guerre était désormais la nouvelle façon de faire
de la politique.
Fini le doute méthodique, advint le temps des
certitudes : l’Amérique était en guerre et les dialecticiens devaient
regagner leurs campus. Le 21e siècle serait une affaire de « grandes
personnes ». Une nation, désarçonnée par l’audace et la traîtrise de
l’attaque aérienne sur New York, était prête à suivre au bout du monde
« les nouveaux cavaliers de l’apocalypse ».
Un certain terrorisme
rampant et meurtrier renforçait les néoconservateurs dans leur
résolution de transformer le monde par la puissance ; d’autant que
cette puissance était réelle et que jamais pays n’a joui d’une
domination aussi totale dans l’Histoire du monde.
Et ce fut la
guerre afghane sur la piste de Ben Laden avec l’appui d’une large
fraction de l’opinion occidentale choquée par la violence de l’attaque
sur la capitale économique du monde, ville internationale par
excellence. Puis l’aventure irakienne commença à insérer le doute dans
l’esprit du reste du monde abasourdi par la nouvelle doctrine des
frappes préventives et de la chasse à courre aux terroristes partout
dans le monde.
L’intervention en Irak et son enlisement apparurent
dès lors comme un « pion cochon » dans un damier truqué. Entre-temps,
le vent tourne à Washington et le président Bush remplace Donald
Rumsfield par un fonctionnaire efficace et qui n’aime pas faire des
vagues, le sieur Robert Gates, un homme de l’ombre, venu de la CIA et
qui fera, avec le général David Petraeus, stratège reconnu des
meilleures écoles militaires américaines, une paire qui aura la
prétention de faire la paix en Irak. L’ancienne Mésopotamie s’est
effectivement stabilisée dans le moins pire, mais demeure aussi fragile
qu’une pile de faïences sur une table croulante.
Depuis ce lent
retour du balancier, les projets du grand Moyen-Orient démocratisé
n’ont pas été mis dans les cartons, mais revus drastiquement à la
baisse. L’Iran «électron libre » de l’activisme politique au vu d’une
certaine presse arabe se positionne en puissance régionale qui répand
dans la région « la bonne parole » du shiisme et se veut de temps en
temps la caisse de résonance de la rue arabe.
Israël , de son
côté, traîne comme un boulet la disparition de Sharon et est depuis
quelque temps dirigé par le cadavre politique d’un Olmert, ombre de
lui-même. Tel Aviv se laisse ainsi de temps en temps entraîné dans
l’enfer vert du Hamas, une organisation palestinienne radicale dont la
capacité de harcèlement n’est plus à démontrer. La feuille de route,
initiée par l’administration Bush pour un règlement du conflit bien que
trop froissée pour la suite du processus, constitue néanmoins une
excellente base de travail qui pourrait servir de repère à la nouvelle
administration américaine.
La politique néoconservatrice de ces huit
dernières années a par ailleurs mis à mal le multilatéralisme dont les
Nations unies sont censées être l’instrument privilégié. L’organisation
oscille entre des réformes enclenchées par l’ancien secrétaire général
Kofi Annan et l’attitude prudente de Ban Ki Moon qui doit naviguer à
vue entre les pressions de Washington et les revendications des
puissances émergentes, Chine, Inde et Brésil , à plus de participation
dans les affaires du monde.
D’autant qu’à l’Est, il y a du nouveau,
Poutine et Mevvedev jouent aux « come back kids ». La Russie, riche de
ses appâts pétroliers, refuse de jouer les seconds couteaux dans la
politique internationale. Une Russie dont la victorieuse intervention
militaire en Géorgie et le défilé récent de sa flotte en Amérique du
Sud témoignent d’une volonté marquée du retour à une sorte de
configuration géopolitique bipolaire. Quant à l’Amérique du Sud, qui
vient d’écrire une nouvelle et importante page de son histoire (Lire
ci-contre l’analyse de Sabine Manigat), elle tend à s‘affirmer dans le
jeu politique mondial et dans la recherche de convergence d’intérêts de
ses composantes.
Autant de questions qui ne préoccupent plus une
administration Bush sur le départ et qui attendent un gouvernement
Obama. Les Etats-Unis, que ce dernier se prépare à diriger, sont
malades de leur économie et souffre d’un problème d’image.
Le
réchauffement de la planète financière va nécessiter de nouvelles
approches qui porteront à revoir les fondamentaux du marché. Il faudra
arrêter d’adorer le veau d’or de l’argent facile sans tomber dans les
anciennes idolâtries étatiques. Contourner la «boursocratie » de Wall
Street sans revenir à un paléo marxisme et son corollaire, la
bureaucratie d’État, dénoncé par le théâtre de Gogol.
Sans se
laisser aller à des clichés sur la fin de l’Histoire, il reste que le
monde de 2009 devra se prendre en main pour refaire l’Histoire par
l’innovation technique, le désamorçage de la bombe alimentaire et une
mondialisation à visage humain.
Ce n’est même pas un vœu pieux, c’est une vitale nécessité !
Roody Edmé