« Ô happy day »
La Guerre de sécession a pris fin, a écrit Thomas Friedman du New York
Times, au lendemain de la victoire de Barak Obama à la présidence des
États-Unis. Tant que l’Amérique n’avait pas élu son président noir,
certaines plaies historiques restées béantes auraient continué à
diviser profondément un pays conçu selon une coalition arc-en-ciel, un
« mix salad » de cultures dans un espace aux dimensions continentales.
Pour
autant la balle traîtresse du policier d’Ockland en Californie qui
foudroya, la semaine dernière, un jeune Noir pourtant maîtrisé au sol
par plusieurs agents de l’ordre, choqua une Amérique dont l’armoire
déborde encore de cadavres encombrants, victimes de certaines
idéologies haineuses et racistes.
Le réveil de cellules dormantes du
Klux Klux Klan prouve, s’il en est besoin, que certaines réalités
repoussantes ne disparaissent pas comme dans un conte de fées.
N’empêche que le pays de Thomas Jefferson tambourine aux portes du
changement et que 82% des Américains affirment vouloir de toutes leurs
forces que se lève un nouveau jour, pareil à ce 20 janvier 2009, et
surtout espèrent qu’aucune fée Carabosse ne viendra mettre fin à la
réalisation du rêve du Dr King et des autres pionniers des droits
civiques.
Un 20 janvier qui arrive donc dans quelques heures et qui
est loin d’être un quelconque scénario sorti de la tête hallucinée d’un
de ces libéraux de Hollywood que méprise une certaine Amérique virile
et patriotarde ; mais le résultat de la volonté de tout un peuple qui
veut prendre le tournant de son histoire.
Mais on sait ce qui attend
le nouveau président par ces temps de turbulences économiques et
écologiques, ces temps où des « touristes » interviewés par Euro News
observent la guerre à Gaza avec des jumelles comme dans un spectacle de
télé réalité, ces temps de terrorisme irréductible où donner la mort
est devenu une raison de « vivre ».
Le nouveau président doit
prendre le gouvernail du Titanic américain au bord duquel nous sommes
tous plus ou moins embarqués. Il devra faire ses preuves comme l’avait
fait Roosevelt qui débarqua dans un Washington rongé par la récession
pour prendre la direction d’un pays ruiné par les années folles où
certains rois de la finance s’étaient mis avec insouciance à « caresser
leurs tombeaux ».
Barak Obama devra apporter des réponses concrètes
aux problèmes de ce grand pays qui pèse tant sur l’avenir du monde
entier. Il voudra guérir cette verrue que constitue pour l’Amérique la
base de Guantanamo et ses prisonniers « spéciaux », tout en défendant
les intérêts sécuritaires de son pays. Pourra-t-il promouvoir une
planète verte sans contrarier les intérêts stratégiques de certaines
firmes dans son pays ? Celui qui aime se mettre à la place des autres
et qui veut, à cause de son histoire, faire la synthèse du « meilleur
des deux mondes » peut-il concilier ce qui paraît inconciliable ?
Ce
président est un poète, avait dit Toni Morisson. Comme dans une fiction
d’Arnold Antonin, on pourrait se demander si un poète peut diriger un
empire ? Les avocats de la retenue nous demandent pour cela de tempérer
notre enthousiasme, alors que d’autres s’entraînent déjà à être déçus.
Le monde est certes une vallée de larmes et la violence est une donnée
indépassable de la condition humaine, mais l’homme aspire à moins de
fatalité. Comme dans la chanson de Moustaki, « victimes ou criminels,
nous sommes tous concernés, et si il y a un coupable, nous sommes tous
condamnés ». Et alors on a besoin de poète pour légiférer sur le «
nouveau monde » et de verbe qui puisse se faire chair… « de force pour
le bien » pour reprendre une expression d’un certain Orient martial.
Quant à Madame Clinton, elle parle de « smart power » que,
personnellement, je juge préférable, pour des raisons historiques
évidentes, au « big stick ».
Kennedy avait invité les Américains à «
décrocher » la lune et, à l’époque, échouer n’était pas une option.
Obama propose une planète verte. Un nouvel Eden à conquérir pour un
peuple américain qui carbure au défi. Sur les pas de Lincoln, ce
président atypique « noir et gringo » a rendez-vous demain avec le
monde.
Et j’entends siffler le train de l’Histoire !
Roody Edmé