Une tâche pharaonique

Le président des États-Unis Barak Obama entame une visite historique en
Egypte. Le Caire est le lieu choisi par le chef de l’Exécutif américain
pour délivrer son message au monde musulman. Un message très attendu
qui sera la réponse de Barak Obama aux angoisses d’un Orient méfiant et
d’un Occident dont les grandes peurs influent depuis le 11-Septembre
sur leur vision des relations avec un monde musulman mythique et «
mystérieux ».
L’occasion est donc historique pour un rapprochement
entre les civilisations, lequel éviterait ce fameux choc prédit par
quelques « cassandre » d’une certaine intelligentsia occidentale. Et si
le mot choc est jugé exagéré, on ne peut nier l’existence de
persistantes secousses dont les lignes de faille pourraient annoncer «
le Big one », un affrontement…nucléaire avec l’Iran chiite.
Mais là
encore, le monde musulman est loin d’être un bloc monolithique,
primairement anti-occidental. Les élections iraniennes risquent dans ce
contexte de révéler quelques surprises. Une éventuelle réélection
d’Amadjinedad ne se fera pas sans une résistance acharnée des forces
modérées – favorables au nouveau langage de Washington – qui n’ont pas
dit leur dernier mot.
Et comme de fait, en dernière heure, le
discours du Caire a tenu ses promesses de bonnes paroles de respect
mutuel en direction du monde musulman et cherche, sans doute, entre les
lignes, à imprimer une nouvelle donne aux relations internationales.
Retransmis sur une trentaine de chaînes arabes, sur Facebook et sur My
space, le président américain, dans sa nouvelle rhétorique, a bien
montré qu’il était à « la recherche du temps perdu ». Son discours a
été interrompu par des cris « nous vous aimons» qui ont remplacé les «
mort à l’Amérique » qui ponctuent habituellement les manifestations de
frustration de la rue arabe.
Mais il y a les acteurs eux-mêmes
confondus dans leur détestation réciproque. La droite triomphante au
pouvoir à Tel-Aviv regrette la rhétorique de Georges Bush, à l’époque
où le monde était plus simplement divisé entre bons et méchants… et le
Hamas, la frange radicale du mouvement, croit encore dans la
sacro-sainte mission de son organisation à se sacrifier pour la cause
palestinienne. Et la tâche qui attend le président et sa nouvelle
diplomatie pour la paix est donc pharaonique.
Le plus difficile pour
le président américain consiste à trouver le chemin de la paix dans les
labyrinthes et les sables mouvants du pays du Sphinx, un des berceaux
de l’Islam.
Il devra engager la politique américaine sur un fil ténu
entre son flirt annoncé avec une rue arabe passionnée et explosive et
un État hébreu à qui l’Amérique avait juré une fidélité sans bornes.
Un vieil adage, non dépourvu d’esprit, affirme « si le nez de Cléopâtre était moins long, cela aurait changé la face du monde ».
On
pourrait se demander si Barak Obama, si sensible au métissage culturel
et si « singulier » pour un président américain, ne renoncerait pas une
fois pour toutes aux deux poids, deux mesures que l’on reproche trop
souvent à une certaine diplomatie américaine.
Roody Edmé