Et le spectacle continue !
Michael Jackson est mort. Que n’a-t-on pas dit sur ce roi de la musique
pop ? Ce «lutin androgyne » et « icône de notre angoissante modernité
». L’artiste qui a fait danser et chanter plusieurs générations a
incarné la mondialisation de la culture intercommunautaire à
l’américaine. Dès «Jackson Five » qui ont fait danser toute la planète
avec des tubes comme « I’ll Be There » au « We are The World », chanson
réalisée avec d’autres artistes et dédiée aux victimes de la faim en
Éthiopie. Le chanteur « adolescent » qui n’a jamais grandi charriait
dans sa musique sans frontière une certaine idée du monde, une
sensibilité à fleur de mots, terre d’élection de tous les extrêmes.
J’ai
vu un soir du 2 novembre, dans la fraîcheur tropicale des mornes de
Kenscoff, un guédé réalisé le fameux pas à reculons, ce qui me laissa
perplexe sur l’origine de cette influence. Qui donc pouvait avoir imité
l’autre ? Était-ce une connexion mystique ou simplement cathodique
entre notre guédé et le jeune prodige américain. Michael Jackson était
« l’évènement culturel » le plus médiatisé des temps modernes et à
écouter chacune de ses chansons on refait quelque peu l’histoire des
jeunesses du monde pendant un demi-siècle.
Sa vie ballottée entre
les sommets et les abysses est un manège étourdissant qui fait tourner
les têtes, fascine et révulse et donne raison à l’autre qui disait que
la « beauté est une fleur du mal ». Entre ceux qui l’adulent et lui
pardonnent tout et ceux qui dans leur certitude le vouent aux gémonies
et souhaitent donc qu’il aille chanter en enfer. La vérité doit être
quelque part, entre les deux et peut-être a-t-il déjà connu l’enfer, ce
monstre sacré qui voulut rendre réel le petit monde de Peter Pan
jusqu’à vouloir jouer « au docteur » avec des enfants dans son ranch
mythique.
Michael, prince de la musique pop et victime glorieuse de
la star system. Michael, « ange » et « démon » ou « extra-terrestre »,
est incontestablement une créature hybride qui est entré désormais dans
l’éternité. Un machin façonné par un monde implacable et un père
redoutable, « an american hero » à la vie controversée et qui emporte
avec lui dans « son lieu de vérité » les clefs qui auraient permis de
comprendre une existence pleine de mystères et surtout un homme
désespérément seul dans la foule.
Celui qui fut « l’empereur du
Vinyle » et qui a révolutionné le show-biz, a électrisé les jeunes du
monde entier avant de devenir une sorte de Frankenstein dont la peau
martyrisée reflétait ses souffrances mentales. « Un gamin génial broyé
par la machine à fric » écrivit un lecteur du Monde.
À l’annonce de
sa mort, les machines à sous de tous les casinos du monde ont fait «
jackpot » et l’industrie du spectacle se frotte les mains et se prépare
à rejouer sur un autre registre son fameux tube vidéo du « mort vivant
» ou son visage se métamorphose en celui d’un squelette.
« Yo déjà
pran zonbi Michael » ! Mais sa musique et sa danse rappelant selon
Martin Scorcese « le mercure en mouvement » ne s’arrêteront jamais.
Roody Edmé