Haïti-Reconstruction : « La promesse de l’aube » ?
La
conférence du 31 mars s’est achevée sous une pluie de promesses. Les sommes
annoncées sont assez conséquentes, si l’on considère ce que les experts
appellent notre capacité d’absorption sur un laps de temps de 18 mois. Toujours
est-il qu’il va falloir évaluer dans la glaise du réel , si les chiffres ne
sont pas gonflés et s’ils prennent en compte le coût des opérations militaires
ou même comme l’affirmait le premier ministre dans un entretien à Nacy Roc si
certains montants ne sont pas déjà engagés.
En
dehors de cela, Haïti semble bien partie. Avec incontestablement un plan à
affiner et à partager avec un plus large
spectre du corps social, tout au cours d’un processus encore inachevé, et les moyens d’une politique
qui nous a toujours manqué. Le pays parait donc en situation possible de
décollage réel si les dés ne sont pas pipés et si, les leaders politiques et
économiques assument la gravité de leurs responsabilités.
Il
y a aussi qu’il faut trouver un modèle de développement qui puisse nous permettre de sortir une fois pour
toute de l’humanitaire à moyen terme. Un modèle qui libèrerait les énergies
productives de nos campagnes et de nos villes avec en support l’agrandissement
du marché local de consommation.
Il
faut une économie diversifiée qui ne se
contenterait pas uniquement du textile comme produit phare d’exportation. S’il est bon ton de tirer tout le meilleur de
la loi Hope, il faut éviter de miser toutes nos billes en une seule ronde.
Un
des angles d’attaque du développement sera de loger les sans-abris dans de nouveaux quartiers propres et
dignes dotés des infrastructures sanitaires et éducatives. Des logements modestes mais dignes, tirant
avantage de notre climat tropical dans un environnement caribéen chaleureux. Ce nouvel espace des cités éloigné des
quartiers populaires spontanés de l’avant 12 janvier enverrait un signal clair
sur le renouveau de l’habitat haïtien. Construire propre et digne, avec un
habitat original mettant en relief l’imagination de nos architectes et artistes
attireraient les visiteurs du monde entier. Pourquoi ne pas mettre l’accent
sur l’avantage comparatif incontestable
que constitue la créativité haïtienne ? Sans exclure des propositions
intéressantes d’entrepreneurs étrangers.
A
ce propos, on doit éviter de répéter le
vieux cliché « etranje pa ladan’l » en faisant fuir les
investissements directs sous des cieux plus cléments aspirant du coup nos
populations dans un processus de migration à haut risque.
Pourquoi
aussi ne pas profiter pour relancer les
réseaux sociaux de quartier, renouer avec le « voisinay se fanmi »
qui a pendant longtemps protégé notre
pays des assauts de la délinquance mondialisée ? C’est une des réponses à
apporter à la problématique de l’insécurité. Mettre en place dans les nouveaux
quartiers une présence humaine structurante capable dans certains cas de
compenser la faiblesse de veille parentale. Favoriser les retrouvailles de
jeunes dans des cercles littéraires et ou dans des lieux de restauration
typique qui font la promotion des cuisines régionales. Une dynamique identitaire qui donnerait une
« âme »à ces espaces et qui éviteront à certains jeunes de
s’identifier à des minorités du pire.
Le
président de la république a insisté dans son discours de new York sur une
véritable révolution éducative. Nous lui donnons acte. Cette révolution devra
permettre un accès plus démocratique à la chose éducative pour le ½ million
d’enfants en âge de fréquenter l’école mais aussi et surtout un enseignement de
qualité dispensé par des enseignants compétents pour l’ensemble de la
population à éduquer.
A
ce propos, il faut arrêter de tourner en rond autour de l’Université. Il faut
une intervention responsable de l’Etat en ce sens qu’il définisse les missions de l’Université, à la
hauteur du projet de refondation et que
cette Université soit doter des moyens lui permettant de jouer son rôle de
formation dans un environnement si plein de défis.
L’autonomie
sans moyens d’exercer une vraie liberté académique n’est que pure chimère et
les révoltes étudiantes périodiques apparaissent comme la manifestation
éruptive d’un mal être qui accable une université moribonde que ne sauvera ni
la technocratie, ni l’idéologie la plus généreuse. Les pays qui émergent sont
ceux qui se dotent d’une politique éducative ambitieuse. La refondation
académique doit être la pierre angulaire de ce nouveau départ tant médiatisé.
Le
plus grand péril qui plane sur l’espace haïtien est sa grande vulnérabilité aux
catastrophes naturelles. La mobilisation d’une « armée verte » et la
mise en place d’un corps de pompiers à l’échelle du territoire est une des
tâches civiques les plus urgentes. « Si l’ossature nationale est trop
fragile, aucun pompier venu de l’extérieur ne servira à rien…ce sont les
capacités nationales de secours qu’il faut renforcer »affirme un expert
international spécialisé dans les secours d’urgence.
Si
nous trouvons le pacte républicain qui permettra de freiner les tentations
hégémoniques des uns et la mauvaise foi carabinée des autres, si nous arrivons
à un consensus pas forcément mou sur comment construire . Si nous savons
tirer les leçons d’une Histoire « tellurique », alors seulement nous
bâtirons l’avenir !
La
« découverte » cette semaine, de notre acte d’indépendance, quelque
part à Londres, est assurent certains un signe de temps nouveaux…de
renaissance. Vous avez dit refondation ? Roody
Edmé
